L’humanisme, mouvement littéraire et intellectuel de la Renaissance, naît en Italie au XIVe siècle avec Pétrarque. Ensuite, il gagne la France entre 1470 et 1600. Ses auteurs reviennent aux textes grecs et latins, qu’ils lisent dans leur langue d’origine. Ainsi placent-ils l’éducation et le libre jugement au cœur de la vie de l’esprit. En littérature, ce courant donne naissance à l’essai. De plus, il renouvelle le roman avec Rabelais. Enfin, il fait du français une langue capable de rivaliser avec le latin. Son mot d’ordre tient dans un vers de Térence : rien de ce qui est humain ne m’est étranger.
En bref
Quand je parle d’humanisme avec des lecteurs, je constate presque toujours la même chose. Le mot est connu, son contenu beaucoup moins. En effet, on le confond avec la générosité ou avec un vague « respect de l’humain ». Or l’humanisme du XVIe siècle est d’abord une affaire de philologues. Ces gens-là se penchent sur des manuscrits abîmés. Ils y traquent ce que les copistes ont déformé. Ainsi, c’est de cette patience de lecteur qu’est sortie une révolution dans la manière d’écrire. Je vous propose de suivre cette histoire, de Florence aux presses lyonnaises.
L’humanisme, mouvement littéraire : quelle définition ?
L’humanisme, mouvement littéraire du XVIe siècle, rassemble des lettrés qui veulent rendre à l’être humain la pleine mesure de ses facultés. Leur méthode tient en un mot : l’étude des textes antiques. Le terme lui-même n’existait pas à l’époque. En effet, des historiens allemands l’ont forgé au XIXe siècle. En revanche, les contemporains parlaient d’humanista. Ce mot d’argot universitaire italien désignait le professeur de studia humanitatis, c’est-à-dire de grammaire, de rhétorique, de poésie, d’histoire et de philosophie morale.
Cette précision change tout. Car l’humanisme n’est pas d’abord une doctrine sur l’homme. C’est une pratique de lecture. D’abord, ces savants ont collationné des manuscrits et comparé des versions. Ensuite, ils ont corrigé des fautes de copie. Enfin, ils ont réappris le grec, que l’Occident latin avait presque oublié. La philosophie est venue après, comme le fruit de cette fréquentation des Anciens. La BnF le résume ainsi : un mouvement culturel d’élite, extrêmement influent aux XVe et XVIe siècles.
Une définition simple de l’humanisme
Voici la formule que j’emploie quand on me demande une phrase. L’humanisme est la conviction que la lecture directe des grands textes forme un être humain plus libre et plus complet. Tout le reste en découle. Ainsi l’éducation, la tolérance et l’esprit critique ne sont-ils que les conséquences de ce postulat initial.
Quelle est la devise des humanistes ?
Leur signe de reconnaissance vient d’un vers de Térence. Le poète latin l’écrit vers 163 avant notre ère, dans sa comédie L’Héautontimorouménos. La formule dit : Homo sum, humani nihil a me alienum puto. Autrement dit : « Je suis homme, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger ». Érasme la cite. De même, Montaigne la reprend. Elle résume mieux qu’un traité ce que ces hommes voulaient : ne s’interdire aucune curiosité.
Quelles sont les dates de l’humanisme, mouvement littéraire ?
En Europe, l’humanisme s’étend du milieu du XIVe siècle à la fin du XVIe. En France, la période forte va plutôt de 1470 à 1600. Les historiens font démarrer le mouvement avec Pétrarque. En 1345, à Vérone, il retrouve les lettres de Cicéron à Atticus. Dès lors, il se met à écrire à des auteurs morts depuis quinze siècles comme à des amis. Voici la frise que je garde en tête. Cliquez sur une date pour voir ce qui s’y joue.
1453Chute de Constantinople
1470Première presse à imprimer à Paris
1511Érasme publie l’Éloge de la folie
1530François Ier fonde les lecteurs royaux
1532Pantagruel paraît à Lyon
1539Ordonnance de Villers-Cotterêts
1549La Défense et illustration de la langue française
1580Première édition des Essais
D’où vient le mouvement humaniste ?
L’humanisme vient d’Italie, et plus précisément de Florence. Là, dès le XIVe siècle, Pétrarque puis Boccace recherchent et commentent les auteurs latins. Ensuite, trois événements transforment ce goût d’érudits en mouvement européen. D’abord l’arrivée des Grecs de Byzance. Puis l’invention de l’imprimerie. Enfin les guerres d’Italie.
Le premier est la chute de Constantinople, en 1453. Les lettrés byzantins fuient l’Empire ottoman. Ils apportent en Italie ce que l’Occident n’avait plus : des manuscrits grecs complets. Surtout, ils apportent des maîtres capables de les lire. À Florence, Marsile Ficin traduit ainsi Platon en latin pour les Médicis. À Venise, l’imprimeur Alde Manuce publie Aristote et Homère en grec dès 1495.
Le deuxième événement est l’imprimerie. Gutenberg achève sa Bible vers 1455. Quinze ans plus tard, Paris a sa presse et Lyon la sienne. Ce qui demandait des mois de copie se tire désormais à mille exemplaires. De plus, un texte corrigé par un philologue circule tel quel. Aucun copiste n’y ajoute donc ses erreurs. Sans l’imprimerie, l’humanisme serait resté une conversation entre quelques érudits.
Le troisième événement concerne la France seule : les guerres d’Italie. De 1494 à 1559, les rois descendent dans la péninsule. Ils en rapportent des tableaux, des architectes et des livres. Surtout, ils en rapportent le sentiment d’être en retard. Ainsi François Ier fait-il venir Léonard de Vinci à Amboise en 1516. Puis il fonde les lecteurs royaux en 1530. Enfin, il rend le dépôt légal obligatoire en 1537. En France, l’humanisme est donc en grande partie un humanisme de cour.
Pourquoi Lyon est-elle la capitale de l’humanisme français ?
Au XVIe siècle, Lyon devient la deuxième ville d’imprimerie d’Europe, après Venise. C’est donc là que l’humanisme français trouve son atelier. La ville n’a ni parlement ni université. Par conséquent, aucune Sorbonne n’y censure. Ses foires attirent les marchands italiens et allemands. Ses presses tirent en toutes langues.
Les noms parlent d’eux-mêmes. Sébastien Gryphe y publie Érasme et les auteurs latins. Rabelais travaille chez lui comme correcteur, puis y publie Pantagruel. Étienne Dolet y imprime et y écrit. Cependant, il finit brûlé à Paris en 1546 pour ses traductions jugées hérétiques. Maurice Scève y compose Délie en 1544. Enfin, c’est dans cette ville que Louise Labé publie ses Euvres en 1555. Sa préface demande aux femmes d’élever leur esprit « par-dessus leurs quenouilles ». Autrement dit, pour voir ce que l’humanisme a produit en France, regardez Lyon avant Paris.
Les grands principes de l’humanisme, mouvement littéraire et moral
Les principes de l’humanisme, mouvement littéraire autant que moral, se ramènent à trois. Citons le retour aux sources, la foi dans l’éducation et la dignité humaine. Ils découlent l’un de l’autre. Je vous les présente donc dans l’ordre où les humanistes les ont vécus.
Ad fontes, disait Érasme. Autrement dit : lire Platon en grec et les Évangiles dans leur langue. En 1516, il publie ainsi le Nouveau Testament grec avec une traduction latine neuve. Ce fut un séisme, car il corrigeait la Vulgate officielle sur des points de doctrine.
Pour l’humaniste, on ne naît pas homme : on le devient par l’étude. D’où son obsession pédagogique. On la retrouve chez Rabelais, chez Montaigne et chez Érasme. De plus, leur programme est encyclopédique : langues, sciences, musique et exercices du corps.
En 1486, Pic de la Mirandole a vingt-trois ans. Il écrit alors un discours où Dieu s’adresse à Adam. L’homme pourra se façonner lui-même, dans la forme qu’il aura choisie. Il n’a donc pas de place fixe dans l’univers.
Une quatrième valeur traverse tous ces textes, plus discrète : le refus de la certitude. Érasme raille les théologiens qui « savent » tout. De même, Rabelais se moque des sorbonnards. Quant à Montaigne, il fait frapper en 1576 une médaille portant la question « Que sais-je ? ». L’humanisme n’est donc pas un système. C’est une manière de tenir le savoir à distance de l’arrogance. Rabelais l’a dit en une phrase : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».
Qui sont les auteurs de l’humanisme, mouvement littéraire ?
Les principaux auteurs humanistes lus en France sont Érasme, Budé, Marot, Rabelais, Scève, Du Bellay, Ronsard, Louise Labé et Montaigne. J’en ai retenu six ici. Ce sont ceux dont l’œuvre a le plus directement changé la littérature. Par ailleurs, chaque fiche cache un conseil de lecture. Ouvrez-le pour savoir par quel texte commencer.
Un nom manque à cette galerie, et je tiens à le citer à part : Guillaume Budé. Il n’a presque rien écrit en français, et personne ne le lit plus. Pourtant, c’est lui qui a convaincu François Ier de fonder les lecteurs royaux. De plus, on lui doit la bibliothèque de Fontainebleau, ancêtre de la Bibliothèque nationale. Sans Budé, l’humanisme français aurait eu des poètes, mais pas d’institutions.
Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition.Michel de Montaigne, Essais, livre III, chapitre 2, « Du repentir » (1588)
Comment s’écrit l’humanisme, mouvement littéraire ?
Ce courant s’écrit dans des genres qu’il invente ou réinvente. Citons l’essai, le roman comique, l’épître familière, le sonnet et le dialogue. Or tous ces genres ont un trait commun : la place de la première personne. Avant le XVIe siècle, la littérature française parle au nom d’une communauté. Ainsi s’exprimaient le clerc, le chevalier ou l’amant courtois. En revanche, avec les humanistes, un « je » particulier prend la parole.
Quels sont les genres littéraires de l’humanisme ?
Quatre genres portent la marque du mouvement. Choisissez celui qui vous intéresse. Vous y trouverez sa définition, son inventeur et un exemple précis.
Les quatre genres de l’humanisme
Montaigne crée le genre de toutes pièces en 1580. Au XVIe siècle, « essai » désigne le fait de tester la valeur d’un métal. Le livre teste donc celle d’un jugement. Pas de plan, pas de thèse à démontrer. De plus, l’auteur se contredit d’un chapitre à l’autre sans s’en excuser.
À lire : Des cannibales, au livre I. Montaigne y compare les Tupinambas du Brésil aux Européens. Ensuite, il conclut que les vrais barbares ne sont peut-être pas ceux qu’on croit.
Rabelais part des chroniques populaires de géants, vendues dans les foires. Cependant, il y verse tout ce qu’il sait : droit, médecine, théologie, grec, botanique. Le résultat n’a pas d’équivalent. En effet, le livre fait rire aux éclats et discute en même temps de la guerre juste.
À lire : le chapitre de l’abbaye de Thélème, à la fin de Gargantua. Sa règle tient en trois mots : « Fais ce que voudras ».
Quatorze vers venus de Pétrarque. Marot et Scève les introduisent en France dans les années 1530. Ensuite, Du Bellay, Ronsard et Louise Labé les portent à leur sommet. La contrainte est stricte : deux quatrains, deux tercets, une pointe finale. Pourtant, elle a produit en cinquante ans le plus grand corpus poétique de la Renaissance française.
À lire : les Regrets de Du Bellay pour la mélancolie. Puis les Euvres de Louise Labé pour le désir dit sans détour.
C’est une lettre en vers ou en prose, adressée à un ami ou à un roi. Pétrarque avait donné l’exemple en écrivant à Cicéron. Ensuite, les humanistes s’écrivent entre eux, d’un bout à l’autre de l’Europe. Ils emploient un latin volontairement familier. Ainsi voit-on naître la conversation savante moderne.
À lire : l’Épître au roi pour avoir été dérobé de Marot. Ou bien la correspondance d’Érasme, qui compte plus de trois mille lettres conservées.
Humanisme et baroque : quelle différence ?
Ces deux courants se suivent et s’opposent. Le premier fait confiance à la raison et à l’ordre des Anciens. En revanche, le second met en scène l’instabilité, l’illusion et la mort. La frontière passe vers 1560-1580. En effet, les massacres de la Saint-Barthélemy ruinent en 1572 l’espoir d’une Europe réconciliée par les lettres. Montaigne se tient à cheval sur les deux. Il écrit ainsi l’un des derniers livres humanistes et l’un des premiers livres baroques. J’ai raconté la suite dans mon article sur le XVIIe siècle.
- Confiance dans la raison et dans l’éducation.
- Modèle : les Anciens, lus dans le texte.
- Ton : le rire de Rabelais, la sérénité de Montaigne.
- Figure : l’homme qui se façonne lui-même.
- Genres : essai, roman comique, sonnet, épître.
- Sentiment de l’instabilité et de l’illusion.
- Modèle : le théâtre du monde, le songe.
- Ton : l’inquiétude d’Agrippa d’Aubigné.
- Figure : l’homme masqué, changeant, mortel.
- Genres : tragi-comédie, poésie religieuse.
Pourquoi ce mouvement a-t-il changé la langue française ?
L’humanisme a fait du français une langue de savoir. Jusque-là, ce n’était qu’une langue de chansons et de chroniques. Le paradoxe mérite d’être souligné. En effet, ce sont des passionnés de latin et de grec qui ont donné au français ses lettres de noblesse. Du Bellay le dit sans détour en 1549. La langue n’est pas pauvre par nature. Elle est pauvre parce qu’on ne l’a pas cultivée.
Il propose donc de l’enrichir par des emprunts, des dérivations et des mots de métier. Dix ans plus tôt, Villers-Cotterêts avait imposé le français dans les tribunaux. Ainsi les poètes achèvent-ils ce que le roi avait commencé. Le résultat, vous le lisez encore. Une large part du vocabulaire savant du français date de cette période.
Pour ceux d’entre vous qui préparent un oral, cette vidéo reprend les grandes lignes du mouvement en une dizaine de minutes.
« L’Humanisme – Littérature d’idées », Les Bons Profs (YouTube).
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Cinq questions
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Que reste-t-il de l’humanisme aujourd’hui ?
De l’humanisme, mouvement littéraire du XVIe siècle, il reste trois choses très concrètes. D’abord le Collège de France. Ensuite l’idée que l’école forme des citoyens et non des clercs. Enfin le réflexe de vérifier une citation à la source.
Le collège des lecteurs royaux de 1530 existe toujours, rue des Écoles. Ses cours restent gratuits et ouverts à tous, exactement comme le voulait Budé. De même, le programme du lycée descend en droite ligne de la lettre de Gargantua. Quant au réflexe philologique, vous le pratiquez souvent sans le savoir. En effet, vous le faites chaque fois que vous cherchez la version originale d’un texte.
Il reste aussi un mot qui a beaucoup voyagé. Au XVIIIe siècle, les Lumières reprennent l’héritage érasmien en le laïcisant. Ensuite, les romantiques se réclament d’un humanisme du sentiment. De son côté, le Parnasse revient aux Grecs avec une ferveur de philologue. Au XXe siècle, Sartre intitule une conférence L’existentialisme est un humanisme. En revanche, Lévi-Strauss puis Foucault annoncent la fin de l’homme comme sujet privilégié. Chaque époque a donc redéfini le mot à son usage. Voici la question que je vous laisse : quand vous employez « humaniste », de quel humanisme parlez-vous ?
Les questions que l’on me pose souvent
Quels sont les objectifs de l’humanisme ?
Le mouvement poursuit trois objectifs liés. D’abord, restituer les textes antiques dans leur état d’origine. Ensuite, former des êtres humains complets par une éducation large. Enfin, rendre à l’individu la responsabilité de son jugement.
Un objectif politique s’y ajoute, rarement dit à voix haute. En effet, il s’agit de substituer aux docteurs de l’université une nouvelle élite de lettrés, proche du pouvoir royal.
Quels sont les thèmes de l’humanisme, mouvement littéraire ?
Les thèmes reviennent avec régularité. Citons l’éducation, la critique de la guerre et des princes, la dénonciation de l’ignorance. Ajoutons l’amitié, le voyage et la découverte du Nouveau Monde. Enfin, la place de l’homme dans la création occupe tous les esprits.
Chez les poètes, un thème s’y greffe : l’amour comme chemin de connaissance. Il vient de Pétrarque.
L’humanisme est-il un mouvement religieux ?
Non, mais il n’est pas antireligieux non plus. En effet, la plupart des humanistes sont chrétiens et beaucoup sont clercs. Ce qu’ils contestent, c’est la théologie scolastique et l’autorité des commentateurs. Ils ne contestent pas la foi elle-même.
Érasme veut ainsi revenir à un christianisme des Évangiles, lus en grec. Cependant, cette position d’équilibre deviendra intenable après 1520. La Réforme obligera chacun à choisir un camp.
Quelle différence entre humanisme et Renaissance ?
La Renaissance est la période. L’humanisme, mouvement littéraire et philosophique, est le courant de pensée qui la traverse. La Renaissance englobe l’architecture, la peinture, la musique et les sciences.
En revanche, l’humanisme désigne précisément le travail sur les textes. On peut donc être un artiste de la Renaissance sans être humaniste.
Y a-t-il des femmes humanistes ?
Oui, même si l’histoire littéraire les a longtemps reléguées en note de bas de page. Marguerite de Navarre, sœur de François Ier, protège les évangéliques. De plus, elle écrit l’Heptaméron. Pernette du Guillet et Louise Labé publient à Lyon.
Hélisenne de Crenne signe en 1538 l’un des premiers romans français écrits par une femme. Toutefois, leur accès au grec et au latin dépendait d’un père ou d’un mari. Cela explique leur petit nombre mieux qu’un prétendu manque de vocation.
Comment reconnaître un texte humaniste ?
Cherchez trois indices. D’abord, un « je » qui assume ses limites plutôt que de parler au nom d’une autorité. Ensuite, l’abondance des références antiques, souvent citées en latin puis commentées.
Enfin, une attention explicite à l’éducation et au jugement. En effet, le texte veut former son lecteur, pas seulement l’informer.
Pour aller plus loin
Voici les quatre livres qui m’ont le plus appris sur le sujet. Je les classe du plus général au plus incarné.
La synthèse de référence. Elle replace le mouvement dans son siècle : économie, villes, imprimerie, religion. C’est long. Cependant, on peut y entrer par n’importe quel chapitre.
Cent vingt pages par le meilleur spécialiste français d’Érasme. C’est donc le livre à lire en premier si vous n’avez qu’une soirée.
Un portrait écrit en 1934. L’auteur voit alors monter le nazisme et cherche dans Érasme un frère. Partial, passionné, inoubliable.
La biographie qui a remis de l’ordre dans les légendes : dates, voyages, protecteurs, éditions. De plus, elle donne envie de rouvrir Gargantua sur-le-champ.
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Un mot qui n’a pas fini de changer de sens
J’ai commencé en disant que l’humanisme était une affaire de philologues. Je voudrais finir en rappelant ce qu’ils cherchaient. Pétrarque retrouve les lettres de Cicéron. Or il ne cherche pas une doctrine. Il cherche un homme, avec ses colères et ses lâchetés. Ainsi est-il bouleversé de le trouver si proche.
Deux siècles plus tard, Montaigne fait exactement le même geste. Cette fois, il se prend lui-même pour manuscrit. Entre les deux, Rabelais rit, Érasme corrige et Du Bellay regrette. Ce fil ne s’est jamais rompu. Il passe par les Lumières, puis par le symbolisme. Enfin, il passe par chaque lecteur qui ouvre un livre pour y rencontrer quelqu’un. Refermez cette page, allez chercher le chapitre VIII de Pantagruel. Vous aurez fait, sans le savoir, un geste humaniste.










