Je suis allé voir l’exposition Mucha à Lyon un vendredi, au Grand Hôtel-Dieu. Mucha est mon artiste préféré. Le voir exposé dans ma ville, je ne pouvais pas le manquer. Voici mon avis, sans détour, et tout ce qu’il faut savoir avant d’y aller.
📷 Sauf mention contraire, les photos de cet article sont les miennes, prises pendant ma visite du vendredi 2 octobre 2026.
L’exposition en bref
Sommaire de l’article
Mon avis sur l’exposition Mucha à Lyon
J’ai adoré. Je le dis tout de suite, parce que je ne suis pas un visiteur neutre. Alphonse Mucha est mon artiste préféré depuis longtemps. Alors quand j’ai appris qu’une grande exposition s’installait à Lyon, la ville où je vis, j’ai su que j’irais. C’était une occasion en or.
Nous étions deux. La personne qui m’accompagnait ne connaissait pas Mucha aussi bien que moi. Elle est ressortie aussi enthousiaste que moi. C’est souvent le meilleur test pour une exposition : est-ce qu’elle touche aussi ceux qui ne sont pas déjà conquis ? Ici, la réponse est oui.
Ce qui m’a frappé en premier, c’est l’ambiance. On a vraiment l’impression de voyager dans une autre époque. Les affiches, les couleurs passées, les silhouettes de femmes aux longs cheveux : tout vous ramène au Paris de la Belle Époque. Le lieu y est pour beaucoup. Le Grand Hôtel-Dieu, avec ses pierres et ses voûtes, offre un cadre qui va bien à ces œuvres.
La musique joue aussi son rôle. La visite se fait au son de la célèbre Valse n° 2 de Dmitri Chostakovitch. Elle est plus tardive que les œuvres de Mucha, mais l’effet fonctionne. Ce tourbillon un peu nostalgique accompagne bien les arabesques des affiches. Pour moi, c’est un vrai plus pour l’immersion.
Pour être honnête, tout n’est pas parfait. J’ai noté quelques points à savoir avant d’y aller. Je les détaille ci-dessous, à côté de ce qui m’a plu.
✓ Ce qui m’a plu
- Un grand nombre d’œuvres originales, vues de près.
- Une ambiance qui vous fait changer d’époque.
- La valse de Chostakovitch, qui porte toute la visite.
- Le lien avec Sarah Bernhardt, très bien expliqué.
- La salle immersive et ses œuvres animées.
- Une visite calme le jour où j’y suis allé.
! Ce qu’il faut savoir
- L’exposition est assez courte : une heure, tranquillement.
- Les numéros de l’application ne correspondent pas toujours aux étiquettes des œuvres.
- La salle immersive est plus petite qu’elle n’en a l’air en vidéo, et il n’y a pas de quoi s’asseoir.
- Peu d’éléments interactifs pour les tout-petits.
Un mot sur l’application. Vous la téléchargez sur votre téléphone pour écouter les commentaires des œuvres. Je la trouve réussie. Seul bémol : les numéros ne correspondaient pas toujours aux étiquettes accrochées à côté des œuvres.
Heureusement, l’application affiche aussi une image de chaque œuvre. C’est elle qui m’a permis de me repérer. Mon conseil : fiez-vous à l’image plutôt qu’au numéro.
Sur la durée, l’exposition contient beaucoup d’œuvres, mais elle se parcourt vite. Comptez une heure environ, sans vous presser. Pour ma part, j’y retournerai. Cette fois, je prendrai le temps de rester devant chaque affiche.
Qui était Alphonse Mucha ?
Avant de vous parler du parcours, quelques repères sur l’homme. Alphonse Mucha (Alfons Mucha en tchèque) naît en 1860 en Moravie, dans l’actuelle République tchèque. Il arrive à Paris à la fin des années 1880 pour étudier la peinture. Pendant plusieurs années, il vit modestement en illustrant des livres et des revues.
Puis tout bascule en quelques jours, à la fin de l’année 1894. Une affiche de théâtre fait de lui une célébrité. Son style devient si reconnaissable qu’à Paris, on parle bientôt du « style Mucha » pour désigner l’Art nouveau lui-même.
Pour moi, ce qui rend Mucha si attachant, c’est qu’il ne s’est jamais arrêté à ce succès parisien. La fin de sa vie est tournée vers son pays natal et vers une œuvre immense, l’Épopée slave. La frise ci-dessous résume les grandes étapes.
Mucha et Sarah Bernhardt, la rencontre qui a tout lancé
C’est la partie de l’exposition qui m’a le plus appris. Je connaissais les affiches, mais je n’avais pas mesuré à quel point la carrière de Mucha était liée à celle de Sarah Bernhardt. L’exposition rend ce lien très clair.
L’histoire est célèbre. Fin 1894, Sarah Bernhardt, la plus grande actrice de son temps, a besoin d’une nouvelle affiche pour la pièce Gismonda, de Victorien Sardou. Nous sommes en pleine période des fêtes et les artistes habituels de l’imprimerie ne sont pas disponibles. La commande arrive chez Mucha, presque par hasard.
Il propose une affiche très haute et très étroite, presque grandeur nature. L’actrice y apparaît en pied, comme une figure sacrée, dans des tons doux et dorés. Elle ne ressemble à rien de ce qu’on voit alors dans les rues. Sarah Bernhardt l’adore. Elle signe avec Mucha un contrat de plusieurs années pour ses affiches, ses décors, ses costumes et même certains bijoux de scène.
Cliquez sur les titres ci-dessous pour voir quatre des affiches nées de cette collaboration.
Gismonda (1894-1895). L’affiche qui a fait de Mucha une star du jour au lendemain. Son format allongé et sa figure en pied tranchent avec les affiches de l’époque.
Pour moi, c’est l’œuvre à regarder en premier : tout le style Mucha est déjà là.
Domaine public / Wikimedia Commons
La Dame aux camélias (1896). Pour la pièce tirée du roman d’Alexandre Dumas fils. Le camélia blanc et la pâleur du visage annoncent le destin tragique de l’héroïne.
Domaine public / Wikimedia Commons
Lorenzaccio (1896). Sarah Bernhardt y joue un rôle d’homme, Lorenzo de Médicis, dans la pièce d’Alfred de Musset. Le dragon au sommet de l’affiche donne le ton sombre de l’histoire.
Domaine public / Wikimedia Commons
Médée (1898). L’une des affiches les plus dramatiques de la série. Regardez le bracelet en forme de serpent au bras de l’actrice : Sarah Bernhardt en fit fabriquer un vrai, d’après le dessin de Mucha.
Domaine public / Wikimedia Commons
Voir ces affiches en vrai change tout. Elles sont immenses. Sur un écran, on les imagine petites, presque comme des cartes postales. Face à elles, on mesure ce qu’a dû ressentir un passant parisien en 1895.
L’exposition présente d’autres affiches pour Sarah Bernhardt. J’en ai photographié deux pendant ma visite.


Le parcours de l’exposition, salle par salle
L’exposition est placée sous le commissariat de l’historienne de l’art Giulia Silvia Ghia. Elle est produite par Arthemisia et Fever. Elle se déploie sur deux étages : un grand niveau en bas, et un plus petit en haut, où se trouve aussi la boutique.
Le parcours suit six grandes sections. Leur fil rouge est la figure de la femme, au cœur de toute l’œuvre de Mucha. Dépliez chaque section pour voir ce qu’elle aborde.
1. Les héroïnes de théâtre
Les grandes affiches pour Sarah Bernhardt. C’est ici que naît l’image de la femme Mucha : hiératique, élégante, presque sacrée. À mon sens, c’est la section la plus forte du parcours.
2. La naissance de la publicité moderne
Mucha a mis son art au service des marques : papier à cigarettes, biscuits, champagne, bicyclettes… Ses affiches publicitaires ont fixé des codes que l’on retrouve encore aujourd’hui.
3. La photographie comme méthode de travail
Mucha photographiait ses modèles dans son atelier pour préparer ses compositions. Cette section montre comment la photo servait de point de départ à ses dessins.
4. La construction de l’image iconique
Comment une silhouette, une chevelure et un cercle décoratif deviennent une signature reconnaissable entre mille. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui le « style Mucha ».
5. L’allégorie de la patrie slave et les nouveaux médias du XXᵉ siècle
Le Mucha moins connu, celui qui retourne en Bohême et met son talent au service de l’identité de son peuple. C’est, je crois, la partie qui surprend le plus ceux qui ne connaissent que ses affiches parisiennes.
6. Les figures ornementales inspirées de la nature
Fleurs, saisons, végétaux enroulés : la nature est partout chez Mucha. Les panneaux décoratifs, comme Les Saisons, en sont le meilleur exemple.
La salle immersive : mon coup de cœur, avec un bémol
Le parcours compte aussi une salle immersive. Des projections de lumière s’y superposent aux œuvres et les animent. J’ai adoré ce moment. On se sent en phase avec l’artiste, au cœur de l’ambiance de ses œuvres. Voir ses figures bouger, ses fleurs s’ouvrir, c’est un vrai plaisir.
Attention tout de même à ne pas vous faire de fausses idées. J’avais vu des vidéos avant ma visite, et la salle m’y paraissait immense. En réalité, elle est assez petite. Des miroirs démultiplient les images et donnent cette impression de grandeur.
Mon seul regret : il n’y a ni banc ni pouf pour s’asseoir. J’aurais aimé pouvoir me poser et rester aussi longtemps que je le voulais. Je suis resté environ cinq minutes, debout. Autour de moi, la plupart des visiteurs restaient trente secondes, puis repartaient. C’est dommage, car la salle mérite qu’on lui laisse le temps de faire son effet.
Mon conseil : arrêtez-vous quelques minutes, même debout. Les animations se révèlent sur la durée.


Dans la section consacrée à la publicité, on retrouve des marques encore connues aujourd’hui. Voici celles que j’ai photographiées.




Plus loin, les panneaux de la série Les Saisons sont accrochés côte à côte.



Le Mucha slave, l’autre visage de l’artiste
Beaucoup de visiteurs viennent pour les affiches parisiennes. C’était aussi mon cas, au départ. Pourtant, Mucha considérait que son œuvre la plus importante était ailleurs. À partir de 1910, il consacre près de vingt ans à l’Épopée slave, un cycle de vingt toiles gigantesques.
L’exposition consacre une section à cette part engagée de son travail. Pour moi, c’est ce qui donne de la profondeur au parcours. On ne repart pas seulement avec de jolies images, mais avec le portrait d’un homme attaché à son pays.
Dans cette partie, j’ai photographié l’affiche Russia Restituenda. Cette mère qui serre son enfant contre elle est bien loin des muses de la Belle Époque.


Ce que les photos ne montrent pas : le trait
Si je devais retenir une seule chose de cette visite, ce serait celle-ci. On voit les œuvres de Mucha partout, en reproduction. Mais en photo, on ne se rend pas compte du nombre de traits qu’elles contiennent.
Sur une photo, une affiche de Mucha paraît simple. De près, elle fourmille de détails, de lignes, de motifs qu’on ne soupçonnait pas. — Ce que je retiens de ma visite
Devant les originaux, j’ai passé de longues minutes à suivre le trait du maître. Les cheveux sont faits de dizaines de courbes. Les bordures cachent des motifs floraux minuscules. Certaines zones sont travaillées avec une exigence presque obsessionnelle.
Et puis, juste à côté, d’autres zones sont laissées plus libres. Un aplat simple, un contour à peine esquissé. C’est ce jeu entre exigence et liberté qui m’a le plus fasciné. Mucha savait où mettre le détail, et où laisser respirer l’image.
Voici trois choses à regarder de près pendant votre visite.
Les chevelures
Suivez une mèche du regard. Vous verrez à quel point chaque courbe est pensée.
Les cercles
Derrière la tête des figures, un cercle décoratif sert de halo. Il est rempli de motifs fins.
Les bordures
Fleurs, feuilles et entrelacs encadrent l’image. On les remarque à peine en photo.
Voici quelques détails que j’ai photographiés de très près. C’est là qu’on voit vraiment le travail.




À qui je la conseille (et à qui non)
Je recommande cette exposition sans hésiter aux amateurs d’Art nouveau, d’affiche et d’histoire de l’art. Elle plaira aussi aux curieux qui ne connaissent Mucha que de nom. La personne qui m’accompagnait en est la preuve.
En revanche, je ne la conseille pas vraiment pour une sortie avec de tout-petits. Les tarifs sont pourtant avantageux pour eux : l’entrée est gratuite avant 4 ans. Mais le lieu est calme, et il y a peu d’éléments interactifs ou de quoi jouer. Un enfant en bas âge risque de vite trouver le temps long.
Pour des enfants plus grands, curieux de dessin, l’expérience peut être très différente. À vous de juger selon leur âge et leur patience.
Enfin, si vous visitez Lyon, l’exposition se combine facilement avec une promenade dans le quartier. La rue Mercière, berceau de l’imprimerie lyonnaise, est à quelques minutes à pied. Le lien avec Mucha, maître de l’affiche imprimée, a du sens.
Infos pratiques
Exposition Alphonse Mucha — Grand Hôtel-Dieu, Lyon
- Dates
- Du 4 septembre 2026 au 24 janvier 2027
- Horaires
- Du mardi au dimanche, de 10 h à 20 h (dernière entrée à 18 h 45)
- Adresse
- 13 rue de la Barre, 69002 Lyon — entrée par la Cour du Midi, niveau -1
- Durée
- Environ 1 heure
- Tarifs
- À partir de 15 € pour les adultes, 9 € pour les enfants, gratuit pour les moins de 4 ans
- Accessibilité
- Accessible aux personnes à mobilité réduite
- Billets
- Site officiel de l’exposition
Mon conseil pratique : j’y suis allé un vendredi et c’était plutôt calme. Si vous le pouvez, privilégiez la semaine plutôt que le week-end. Pensez aussi à télécharger l’application avant d’arriver, et à prendre des écouteurs. Pour vous repérer, fiez-vous à l’image de l’œuvre affichée dans l’application.
Les tarifs et horaires peuvent évoluer pendant la durée de l’exposition. Vérifiez-les sur le site officiel avant votre visite.
Vos questions sur l’expo Mucha à Lyon
Où se trouve l’exposition Mucha à Lyon ?
Au Grand Hôtel-Dieu, 13 rue de la Barre, dans le 2ᵉ arrondissement. L’entrée se fait par la Cour du Midi, au niveau -1.
Jusqu’à quand dure l’exposition Mucha ?
Elle est ouverte jusqu’au 24 janvier 2027, du mardi au dimanche.
Combien de temps faut-il prévoir ?
Comptez environ une heure. Si, comme moi, vous aimez rester devant chaque œuvre, prévoyez un peu plus.
Combien coûte l’entrée ?
Les billets démarrent à 15 € pour un adulte et 9 € pour un enfant. L’entrée est gratuite pour les moins de 4 ans.
Quel est le lien entre Mucha et Sarah Bernhardt ?
En 1894, Mucha dessine l’affiche de Gismonda pour l’actrice. Le succès est immédiat. Sarah Bernhardt lui confie ensuite ses affiches, ses décors et certains costumes pendant plusieurs années.
L’exposition convient-elle aux enfants ?
Aux plus grands, oui, surtout s’ils aiment le dessin. Pour les tout-petits, je suis plus réservé : il y a peu d’éléments interactifs pour eux.
- Le symbolisme, mouvement littéraire : les poètes contemporains des affiches de Mucha.
- Le Parnasse : l’art pour l’art, juste avant la Belle Époque.
- L’histoire du Café de Flore : un autre décor du Paris de cette époque.
- Louise Labé : une autre grande figure féminine, lyonnaise cette fois.
J’y retournerai, et je prendrai mon temps
Je suis ressorti du Grand Hôtel-Dieu heureux. Heureux d’avoir vu les œuvres de mon artiste préféré en vrai, dans ma ville. Heureux, aussi, d’en avoir appris davantage sur lui, sur Sarah Bernhardt, sur le Mucha slave que je connaissais mal.
L’exposition est courte, et j’aurais aimé un banc dans la salle immersive. Mais ce ne sont pas ces détails dont je me souviendrai. Je me souviendrai des traits, de la valse, des œuvres qui s’animent, et de cette impression d’avoir changé d’époque pendant une heure.
Si vous passez par Lyon avant fin janvier, allez-y. Et si vous en avez l’occasion, faites comme moi : revenez une deuxième fois, sans montre.




