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Le Parnasse, mouvement littéraire : définition, caractéristiques et auteurs

Le Parnasse, mouvement littéraire : la poésie ciselée, l'art pour l'art

Le Parnasse : la poésie ciselée comme un bijou.

L’essentiel en bref

  • Période1860 – 1890, France
  • Devise« L’art pour l’art »
  • Acte fondateurLe Parnasse contemporain (1866)
  • Chef de fileLeconte de Lisle
  • Mots d’ordrePerfection formelle, impassibilité, Beauté
  • PlaceEntre romantisme et symbolisme
Leconte de Lisle, chef de file du Parnasse, mouvement littéraire de l’art pour l’art
Leconte de Lisle, chef de file du Parnasse, photographié par l’atelier Nadar (domaine public).

Le Parnasse, mouvement littéraire de la fin du XIXe siècle, est un courant avant tout poétique qui s’épanouit en France entre 1860 et 1890. Son mot d’ordre tient en quatre mots : « l’art pour l’art ». Là où les romantiques mettaient leur cœur à nu, les poètes parnassiens cisèlent un vers froid, net, parfait comme un bijou. Le poète se fait orfèvre : il polit la rime, compte ses syllabes, efface ses émotions derrière la beauté de la forme.

Ainsi naît, autour du recueil collectif Le Parnasse contemporain (1866), une génération qui réagit contre l’épanchement romantique. Avant d’en détailler les caractéristiques, les auteurs et les œuvres, posons une définition claire — puis situons ce courant entre le romantisme qui le précède et le symbolisme qui le suivra.

Le Parnasse, mouvement littéraire : définition et origine

Le Parnasse, mouvement littéraire poétique, s’impose dans la seconde moitié du XIXe siècle. Il réunit, des années 1860 aux années 1890, des poètes qui placent la perfection de la forme au-dessus de tout. Pour eux, un poème ne sert ni à confesser une peine ni à défendre une cause : il vaut d’abord par sa beauté propre.

D’où vient ce nom curieux ? Il renvoie au mont Parnasse, la montagne grecque consacrée à Apollon et aux Muses, séjour symbolique des poètes. Le mot dit déjà tout du projet : retrouver une poésie noble, savante, tournée vers la Beauté plutôt que vers le moi.

Le Parnasse contemporain, la revue qui a donné son nom au mouvement

Concrètement, le mouvement se cristallise autour d’un recueil. En 1866, l’éditeur Alphonse Lemerre publie Le Parnasse contemporain, une anthologie qui rassemble les jeunes poètes du moment. Le succès est tel que deux autres livraisons suivront, en 1871 puis en 1876.

De ce titre, la critique tire bientôt une étiquette : on parlera des « Parnassiens ». Le mot désigne désormais tous ceux qui partagent ce culte de la forme et ce refus du sentimentalisme. Pour replacer ce courant dans la longue chaîne des écoles françaises, notre frise chronologique de la littérature en donne le panorama d’ensemble.

Le Parnasse en dates

1835
Préface de Mademoiselle de Maupin

Théophile Gautier formule la doctrine de « l’art pour l’art » : l’œuvre n’a pas à être utile, elle vaut par sa seule beauté. Le futur Parnasse tient là son credo.

Pourquoi le Parnasse s’oppose au romantisme

Pour comprendre le Parnasse, il faut d’abord regarder ce qu’il rejette. Or, ce qu’il rejette, c’est le romantisme — ou du moins ses excès. Pendant un demi-siècle, les poètes avaient chanté leur âme, leurs amours, leurs deuils. Lamartine pleurait, Hugo prophétisait, Musset se confessait.

À cette poésie du cœur, les parnassiens opposent une poésie de l’atelier. Le « moi » devient suspect ; l’émotion personnelle, presque indécente. Le poète ne doit plus se montrer, mais disparaître derrière son ouvrage. Pour mesurer ce renversement, il est utile de relire d’abord les caractéristiques du romantisme.

Cette réaction se double d’un autre refus. Après 1848, beaucoup attendaient de l’art qu’il serve une cause, sociale ou politique. Les parnassiens répondent par la formule de Gautier : « l’art pour l’art ». Une œuvre n’a pas à être utile ; elle se suffit à elle-même.

Romantisme vs Parnasse




Romantisme

Parnasse

« Le romantisme chante le poète. Le Parnasse chante le poème. »

Les caractéristiques du Parnasse

De ces refus découlent des partis pris très concrets. En effet, trois principes structurent toute l’esthétique parnassienne. On peut les résumer d’une formule : cisèle, efface, contemple.

Pilier 1

La perfection formelle

Le poète se fait orfèvre. Rime riche, mètre rigoureux, sonnet impeccable : le vers se polit comme une pierre précieuse. La virtuosité technique devient une valeur en soi.

Pilier 2

L’impassibilité

Le poète s’efface. Fini l’épanchement du moi : on vise l’objectivité, la froideur maîtrisée. L’émotion, si elle existe, doit rester sous le marbre.

Pilier 3

Le culte de la Beauté

L’art ne sert que la Beauté. De là le goût des sujets nobles et lointains : l’Antiquité, les mythes, les civilisations exotiques, contemplés pour leur seule splendeur.

Le poète-orfèvre et le travail du vers

Premier trait, donc : la forme prime sur tout. Le parnassien ne croit pas à l’inspiration soudaine ; il croit au travail. Théodore de Banville, dans son Petit traité de poésie française (1872), codifie l’art de la rime et du rythme comme on transmet un métier. Le poème devient un objet façonné, presque une pièce d’orfèvrerie.

L’impassibilité contre l’épanchement du moi

Deuxième trait : l’impassibilité. Leconte de Lisle réclame une poésie « impersonnelle », débarrassée des confidences. Le poète observe, sculpte, mais ne pleure pas. Cette retenue, parfois prise pour de la froideur, est en réalité une exigence : laisser la beauté parler seule.

Le goût de l’Antiquité et de l’exotisme

Troisième trait : le choix des sujets. Plutôt que le moi, les parnassiens peignent des dieux grecs, des héros barbares, des animaux sauvages, des paysages lointains. Les Poèmes antiques et les Poèmes barbares de Leconte de Lisle en offrent l’exemple parfait : une galerie de marbres et de fauves, contemplés sans un mot de trop.

Les grands auteurs parnassiens

Par ailleurs, le Parnasse n’est pas l’affaire d’un seul homme : c’est une constellation. Autour de Leconte de Lisle gravitent un parrain, des virtuoses et des disciples, dont voici les figures majeures.

1866 – 1876
Les grandes voix parnassiennes

Autour du recueil Le Parnasse contemporain

Leconte de Lisle

1818 – 1894

Poèmes barbares

Théophile Gautier

1811 – 1872

Émaux et Camées

Théodore de Banville

1823 – 1891

Les Cariatides

José-Maria de Heredia

1842 – 1905

Les Trophées

Sully Prudhomme

1839 – 1907

Stances et Poèmes

Catulle Mendès

1841 – 1909

Fondateur de la revue

Leconte de Lisle, le chef de file

D’abord, Leconte de Lisle domine le mouvement. Avec ses Poèmes antiques (1852) puis ses Poèmes barbares (1862), il impose l’idéal d’une poésie savante et impersonnelle. Les jeunes poètes se pressent à ses « samedis » : il est le maître autour duquel l’école se forme.

Théophile Gautier, le parrain de « l’art pour l’art »

Ensuite, Théophile Gautier fait figure d’aîné et d’inspirateur. Dès 1835, il avait lancé la formule de « l’art pour l’art » ; ses Émaux et Camées (1852) en donnent l’application la plus pure. Le titre dit tout : des poèmes travaillés comme des objets précieux. La notice Larousse de Gautier retrace ce rôle de passeur.

Heredia et Sully Prudhomme, les ciseleurs

Enfin, deux noms prolongent l’aventure. José-Maria de Heredia porte le sonnet à un degré de perfection rarement atteint dans Les Trophées (1893). Quant à Sully Prudhomme, il reçoit en 1901 le tout premier prix Nobel de littérature — consécration tardive d’une esthétique de la rigueur.

Du Parnasse au symbolisme : la technique sans l’émotion ?

Cependant, cette perfection a un revers. À force de viser le marbre, le Parnasse a parfois sacrifié la chaleur. Verlaine et Mallarmé, qui ont débuté dans Le Parnasse contemporain, vont bientôt s’en éloigner : le symbolisme naîtra de ce besoin de réintroduire la musique, le rêve et l’émotion que le Parnasse avait mis sous cloche.

À titre personnel, ce qui me frappe le plus dans le Parnasse, c’est cette quête d’esthétique et de technique pures — on la retrouve aujourd’hui chez certaines marques qui cherchent l’excellence, des matériaux parfaitement optimisés, un rendu techniquement irréprochable. On a gardé ce goût de la belle technique, et il continue d’inspirer. Mais le Parnasse en montre aussi la limite : la technique sans émotion finit par laisser froid. C’est tout ce qu’on essaie d’ajouter aujourd’hui — l’émotion par-dessus la maîtrise.

— Le point de vue de la rédaction

Du reste, ce relais n’efface pas la dette. Sans la discipline parnassienne, les symbolistes n’auraient pas eu cet instrument accordé au millimètre. Le Parnasse aura été l’atelier où la poésie française a réappris la rigueur, avant de remettre l’âme au centre.

Œuvres clés du Parnasse à (re)découvrir

Bien sûr, le meilleur moyen de saisir le Parnasse reste de le lire. Voici quatre portes d’entrée, des plus accessibles aux plus exigeantes.

1862 · Le sommet

Poèmes barbares

Leconte de Lisle

Fauves, dieux et cataclysmes : le grand livre du chef de file, où l’impassibilité atteint une puissance presque sauvage. La meilleure entrée dans le mouvement.

1852 · Le manifeste

Émaux et Camées

Théophile Gautier

Des poèmes courts ciselés comme des bijoux. Le titre est un programme : « l’art pour l’art » en pratique, dès avant la naissance officielle du Parnasse.

1893 · La virtuosité

Les Trophées

José-Maria de Heredia

Une suite de sonnets d’une perfection vertigineuse, traversant les civilisations. Le sommet technique de l’école parnassienne.

1866 · Le collectif

Le Parnasse contemporain

Ouvrage collectif (éd. Lemerre)

L’anthologie fondatrice qui a donné son nom au mouvement. À feuilleter pour entendre, côte à côte, toutes les voix du Parnasse naissant.

Pour analyser ces textes de près, notre méthode d’analyse littéraire propose une grille applicable à n’importe quel poème parnassien.

Pour aller plus loin

Enfin, si vous souhaitez approfondir le Parnasse, mouvement littéraire foisonnant, voici une vidéo de synthèse et quelques ressources de référence à consulter.

Vidéo — Le Parnasse en quelques minutes

À consulter pour approfondir

Le marbre garde la chaleur de la main

En définitive, le Parnasse a souvent été caricaturé en école froide, prisonnière de sa propre virtuosité. C’est oublier ce qu’il a transmis. En réapprenant à la poésie le travail, la rigueur et le respect de la forme, il a forgé l’outil dont le symbolisme, puis toute la modernité, allaient se servir.

Car derrière le marbre, il y a toujours une main. Et cette main, patiente, obstinée, amoureuse de la belle ouvrage, n’a jamais cessé d’inspirer ceux qui croient qu’une chose bien faite est déjà, en soi, une forme de vérité.

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